Pourquoi une radio ou une IRM ne "montre" pas toujours ma douleur ?
Lorsqu'une personne souffre du dos, du cou ou d'une sciatique, le reflexe est souvent le même: "il faut faire une radio ou une IRM pour voir ce que j'ai !"
Ca parait logique. Pourtant, la science nous montre depuis plusieurs années une réalité plus complexe: les images médicales ne sont pas toujours corrélées à la douleur ressenties par le patient.
Autrement dit, certaines personnes ont des IRM "catastrophiques".... sans douleurs ! Alors que d'autres souffrent énormément alors que leurs examens paraissent quasi normaux.
Cela ne signifie pas que la douleur soit "dans la tête", psychosomatique. Non, cela veut simplement dire que la douleur est beaucoup plus complexe qu'une simple photo du corps.
Le piège de l'imagerie moderne
Les IRM et les radiographies sont des outils extraordinaires. Elles permettent de détecter des fractures, des tumeurs, des infections , des compressions neurologiques importantes voire même des pathologies inflammatoires.
Mais dans les douleurs mécaniques classiques (lombalgies, cervicalgies, sciatiques communes) leur interprétation doit être prudente.
POURQUOI, demanderez-vous?
Parce que l'imagerie montre également ... le vieillissement NORMAL du corps.
Et oui, avec l'âge, il est fréquent de voir apparaître:
- des disques "usés;
- des protrusions ou hernies discales (80% de la population a une hernie discale)
- de l'arthrose
- des pincements discaux
- des discopathies
- des modifications dites "dégénératives"
Et cela même chez des personnes asymptomatiques, sans douleur !
Dans l'American Journal of Neurology paru en 2015, une recherche a montré que les anomalies lombaires à l'IRM augmentent fortement avec l'âge chez les sujets asymptomatiques. Donc plus on vieillit, plus on risque d'avoir une hernie discale, une dégénérescence discale ou de l'arthrose lombaire mais qui sera le plus souvent indolore...
Donc les résultats rappellent une idée essentielle: Voir une anomalie sur une IRM ne signifie pas automatiquement qu'elle est responsable de la douleur .
Une imagerie n'est pas une explication... et non !
Imaginez une ride sur le visage. Cette ride existe, elle est visible. Mais elle ne fait pas mal !
Dans le dos, certaines modifications observées à l'IRM peuvent être comparées à des "rides internes": des adaptations du corps au temps, aux contraintes et à la vie quotidienne.
Le souci apparaît lorsqu'on lit sur le compte rendu les mots "dégénératif", "arthrose", "hernie discale" , entre autres. Ces termes peuvent provoquer de l'anxiété, de la peur du mouvement (cf l'article "je ne bouge pas car j'ai mal") , et parfois un véritable effet nocebo le cerveau associe alors le mouvement au danger.
Or, la peur du mouvement aujourd'hui reconnue comme un facteur important dans la chronicisation des douleurs lombaires ((article dans la revue du rhumatisme, en 2010 )
Les études sont très claires
Une étude menée par le Docteur Boden et ses collègues avait montré dans les années 1990 que de nombreuses personnes sans douleurs présentaient pourtant des anomalies importantes à l'IRM lombaire. Depuis de nombreuses recherche ont confirmé cette idée.
Une revue de littérature scientifique publiée en 2015 conclut que la majorité des signes visibles à l'IRM ont une faible valeur prédictive de la lombalgie.
Certaines anomalies semblent parfois plus associées à la douleur, comme certains changements inflammatoires appelés "MODIC 1"; mais même dans ces cas, la corrélation reste imparfaite à l'échelle individuelle.
En résumé:
une belle IRM ne garantit pas l'absence de douleur;
une IRM inquiétante ne signifie pas forcément une douleur grave.
Mais,alors,d'où vient la douleur ?
La douleur est produite par le système nerveux. Elle dépend bien sûr des tissus du corps, mais aussi de nombreux autres facteurs:
- le stress
- le sommeil
- la fatigue
- l'alimentation
- l'anxiété
- les émotions
- les croyances
- le manque de mouvement
- le contexte socio professionnel, familial
- l'hypervigilance du cerveau
Aujourd'hui, les neurosciences considèrent la douleur comme une expérience globale , et non comme une simple "pièce cassée".. C'est pour cela qu'il existe parfois des douleurs intenses sans grosse lésion visible ou à l'inverse de grosse lésions sans douleur.
Le cerveau interprète en permanence les informations du corps et décide du niveau de protection nécessaire. La douleur fait partie de ce système de vigilance.
Faut-il pour autant arrêter de faire des IRM ?
Bien sûr que non!!!
L'imagerie reste indispensable dans certaines situations:
- traumatisme important
- suspicion de fracture
- perte de force
- troubles neurologiques sévères
- suspicion d'infection
- cancer
- syndrome de la queue de cheval
- douleurs inflammatoires importantes.
Mais, soyons d'accord, pour une lombalgie commune récente non récidivante, les recommandations internationales conseillent souvent d'éviter une imagerie trop précoce en l'absence de signes d'alerte. Pourquoi? Parce qu'une IRM réalisée trop tôt peut parfois inquiéter inutilement le patient et devenir source de stress diminuant les chances d'un mieux être.
Le patient avant l'image
Le plus important reste donc l'examen clinique et l'historique du patient.
Deux personnes peuvent consulter et avoir la même image IRM mais l'une sera coureuse de marathons sans douleur et l'autre ne pourra pas se pencher en avant.
L'image seule ne suffit pas.
Le rôle du professionnel de santé est d'interpréter l'imagerie dans son contexte:
- les symtomes
- la mobilité
- les habitudes de vie
- les facteurs emotionnels
- les capacités fonctionnelles
On Ne Soigne Pas Une Irm, On Soigne Une Personne
Un message rassurant
Pour beaucoup de patients, comprendre est extrêmement rassurant (je fais partie de ceux-là ).
Avoir une protrusion discale ou de l'arthrose ne signifie pas automatiquement :
- que le dos est "fragile"
- qu'il faut éviter de bouger
- ou que la douleur sera permanente
Le corps humain est adaptable, vivant et résilient.
Dans la majorité des cas, le mouvement progressif, l'activité physique adaptée, le sommeil, la gestion du stress et une reprise de confiance dans son corps jouent un rôle bien plus important que l'image elle-même.
Votre corps est plus solide que vous ne le croyez. Faites lui confiance !

